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Lecture : "Streamliner" de Fane (Editions Rue de Sèvres, 2017)

Publié le par Janpi

La BD de voiture, on connaît : C'est ce genre un peu compassé, souvent décliné en « ligne claire», archi-stéréotypé et qui n’intéresse pas grand monde en dehors du milieu assez fermé des collectionneurs et fanas d'anciennes acharnés.

Mais «Streamliner», véritable western mécanique posé dans un univers qui relève de l’uchronie fait notamment la part belle aux rods, Mopars, Belly -tanks, Bobbers et autres scramblers. De quoi m'intéresser. Surtout à cause des Rods, Forcément, mais pas que.

D'entrée, ça saute au nez : Une BD qui dégueule de rods, de bécanes, de MOPAR et de Belly-tanks et qui place le niveau de cohérence visiblement aussi haut, sans sacrifier à un graphisme et un découpage d'une qualité pareille, c'est rare. On y est !

Bon soyons franc, au niveau scénar, au départ, c'est tout de même méfiance : on reste à priori un peu dans le poncif, avec des grosses références aux films de voitures US (« California Kid », « Vanishing Point »…), à l'incontournable « Fureur de Vivre » mais aussi une tripotée de westerns.

Sauf.

Sauf que d'une histoire apparemment assez classique de course, de lutte de clans et de rebelles sans cause, Fane tire un album qui va faire planer plus d'un accroc au Flathead. Parce que le gars s'y entend pour poser son histoire. Le dessin est beau, le trait dynamique ; il y a quasiment un rod, un muscle-car ou simplement de quoi tomber raide par case sans qu’on sombre pourtant dans le réalisme chiant et la ligne claire épuisante d'exhaustivité qui plombe habituellement les BD de « bagnole ».

Les caisses et les bécanes de Fane ont tout simplement de la gueule et elles ont surtout ce qu'il faut  : Cet air de bête sauvage prête à vous bouffer, même à l'arrêt  ! Tout ça transpire la puissance, l'huile, les vapeurs d'essence ; au détour de chaque case la chaleur du désert vous étouffe, et les personnages bouffent tout l'espace. C'est énorme, compulsif, quasi jouissif.

Au détour des pages, les références se bousculent (on y reconnaît même « Bombshell Betty », la Buick improbable de chez Brock Arts !), les 3 windows traînent par terre, des 29 s'y déchirent derrière des calandres de 32, les roadsters frayent avec les coupés, les zoomies y crachent les gaz brûlants : ça pique franchement les yeux tellement c'est beau, cadré, respectueux et fidèle à la lettre et l'esprit : en un mot ? C'est « Habité ».

Les personnages sont splendidement campés : O'neil a la tête pleine de schémas et d'écorchés (la belle astuce !), on tombe amoureux de Cristal dès cette case où elle ferme à coup de pied la portière rouillé d'un pick-up qui doit bien dater de 34, le beau gosse rebelle de l'histoire renvoie le « California Kid » au statut d'enfant de choeur, le psychopathe fout les foies, les deux nervis du FBI sont littéralement glaçants, des filles monstrueusement sexies chevauchent des scramblers et y pratiquent le féminisme à coup de lattes dans les couilles !

Yes.

Et puis la couleur est superbe de sobriété (la palette doit venir du flan d'un rat-rod tellement c'est beau.).

Dans l'approche et le style référencé, on connaissait « Deuce Of Spades », le film fleuve de Faith Granger. Maintenant, on aura aussi « Streamliner ». Même si Fane fait des Flathead auxquels il manque une chiée de boulons et des bouzins à huit cylindres en « vé » qui ne ressemblent à rien de connu j’aime plutôt son parti-pris : Fane efface comme qui dirait le souci du détail pour paradoxalement gagner en authenticité et servir au mieux l’histoire épique et ficelée qu’il a à conter.

« Streamliner » est un p***** de bel album. Ce n’est pas juste une BD de bagnoles, mais une belle aventure racontée avec soin, efficacité, maestria : une Aventure avec un gros et beau A badigeonné sur la portière d'un 32 replâtré à la croûte de sel. Une BD qui a le goût des BDs de quand j’étais gosse. Un peu comme une Madeleine, mais version fuel-injected et Nitrométhane. Vous voyez le topo ?

Re-Yes.

Et c'est surtout de loin ce que j'ai vu de plus énervé et de plus révérend à l'univers Rod et Custom depuis le film de Faith Granger déjà cité dans ces lignes. En résumé, « Streamliner », consiste en 160 pages pêchues qui déboîtent méchamment la mâchoire et piquent les yeux.

La suite, dont on se doute qu’elle sera centrée sur la course est déjà annoncée pour Septembre. Et c’est loin, Septembre, vu d’ici.

Alors faites craquer le V8, foncez chez le libraire et … Gaaaaaaaaaaaaaaaaaz !

 

 

 

Additif du 23/09/2017, après lecture du tome deux : "All in Day"...

Voilà. Tome deux paru. Je l'aurai attendu ! (5 jours de plus, vu que mon libraire ne l'avait pas dans ces "offices"...Grrr !) .

Alors ?

Alors, on reprend quasi pile là où Fane nous avait laissé en fin de tome 1.  Ce tome deux transpire l'huile de moteur, l'essence et le nitrométhane : Centré sur la course (mais pas que, et c'est là que Fane fait mouche !) le tome deux dézingue. Montage différent, plus "cut" avec des digressions et détours magnifiquement bien amenés, insérés dans la narration de la course, qui alimentant et intensifient le suspens.

Et la course est terrible, intense, comme on pouvait s'y attendre.

"All in Day" dépote. C'est méchant, halluciné, chaud... Poignant aussi. Une BD nourrie à la tôle froissée, pleine de fureur, d'huile et de sang tout mélangé. Fane n'épargne rien, ni personne. Le run du siècle est un enfer. Un enfer mis en page comme personne, rythmé, pêchu.

Le duel Cristal/Calamity, dans un Canyon aussi inamical que graphique est terrifiant.

Fane nous colle en plus une fin de course splendide, juste, mais terrible aussi (Bon sang, comment parler de cet album sans spoiler ???).

Bon. Voilà...

... "STREAMLINER" confirme. Diptyque splendide, fiévreux,  gavé de rods, de bécanes à cadre rigide et bouzins rosbeefs et de personnages qu'on a pas envie de quitter.

NB : Il y a un petit "addon" sous forme de magazine en fin de volume. Avec description des rods et des bécanes,  spécifications techniques, bios des personnages, références aux engins réels,  et quelques planches inédites.

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